L’anglais de l’UE, la nouvelle lingua franca de l’Union européenne ?

L’anglais de l’UE, la nouvelle lingua franca de l’Union européenne ?

mai 2018

Peu pourront contredire le fait que le Brexit entraînera des conséquences nuisibles, imprévisibles à l’heure actuelle. Mais l’hypothèse selon laquelle la rupture britannique pourrait apporter de la nouveauté sur le plan linguistique est également avancée.

Selon un rapport publié par l’université suédoise de Gävle, le Brexit pourrait favoriser une nouvelle forme d’anglais. Des signes d’un « anglais de l’UE », une variante linguistique principalement orale à ce jour, seraient déjà visibles. Si suite au Brexit, l’anglais continue de servir de lingua franca à l’Union européenne, l’anglais de l’UE pourrait, à terme, faire son entrée dans le dictionnaire. Plus encore, il pourrait intégrer l’enseignement, au même titre que, par exemple, l’anglais américain ou australien.

L’anglais de l’UE dispose déjà de définitions propres pour certains mots issus du jargon de l’UE utilisé à Bruxelles. Ainsi, le mot eventual est utilisé comme synonyme de « possible » (le traducteur repère-t-il ici un faux ami?), Berlaymont correspond à « bureaucratie » et le terme conditionality signifie désormais simplement « conditions ». En dehors de Bruxelles également, de nombreuses expressions anglaises font leur apparition. Ainsi, les habitants de pays scandinaves utilisent des expressions telles que to hop over (renoncer à quelque chose), to be blue-eyed (être naïf) et to salt (facturer trop).

La grammaire évolue également. La phrase I am coming from Spain eut ainsi être utilisée pour indiquer qu’une personne est originaire d’Espagne. Les personnes qui maîtrisent le français devineront sans peine pourquoi la phrase We were five people at the party est considérée comme de l’anglais de l’UE parfaitement acceptable pour dire « Cinq personnes étaient présentes à la fête ». Il apparaît clairement que « les Européens du continent » qui ont l’anglais comme seconde langue constituent le plus important catalyseur pour le développement de l’anglais de l’UE.

Après le Brexit, seuls cinq millions d’anglophones natifs subsisteront dans l’Union européenne, ce qui équivaut à environ un pour cent de la population. Et si les hommes politiques français y voient une possibilité de stimuler le statut mondial du français, il est probable que d’autres pays soient réticents à l’idée de faire du français leur langue étrangère principale. L’anglais reste largement répandu dans le monde, et de nombreux pays ont déjà considérablement investi dans l’enseignement de cette langue.

Mais lorsque le chat anglais sera parti, les souris communiquant en anglais de l’UE danseront. La prononciation du Queen’s English et l’intégrité structurelle de l’anglais britannique – déjà menacés par l’anglais américain et les influences de la langue maternelle d’autres Européens – seront mises à rude épreuve. Une situation regrettable ? Cela reste à voir. Les linguistes ont peut-être tendance à considérer l’anglais de l’UE comme une forme abominable de détérioration de la langue, mais il pourrait bien contribuer à créer un profond sentiment d’identité parmi ses locuteurs.